Nous accompagnons nos deux camarades de la veille jusqu’au Rio Claro. Leur planning les oblige à sortir de Corcovado aujourd’hui par la station de la Leona. Un gros tapir fait son
apparition sur la plage tandis que les aras rouges se posent dans les amandiers. Nous profitons de leur traversée du Rio Claro pour nous rassurer, demain ce sera notre tour ! Pas l’ombre
d’un crocodile ou d’un requin ! La traversée ne pose aucun problème à marée basse. Nous regagnons le poste de la Sirena par la forêt. La rencontre de la vipère de la veille est toujours
dans les esprits. Après notre petit-déj et une lessive, nous discutons avec le guide Costa-Ricain rencontré la veille. Il est né et a grandi dans cette forêt. Lorsqu’en 1975, le
gouvernement proclame ce territoire « parc national », ses parents et lui ont été expropriés en périphérie du parc. Après avoir passé les diplômes nécessaires et appris l’anglais, il est
devenu guide dans Corcovado. Je lui parle du serpent rencontré la veille, il sort alors ses fiches documentées. Deux serpents correspondent à la description, un des deux est classé dans
les venimeux…Oups ! Le guide nous parle alors des dangers du parc. Selon lui, les deux principaux dangers sont la déshydratation et les serpents. Chaque année, des accidents parfois
mortels se produisent dans le parc. Le dernier en date : il y a une semaine ! Trois touristes avaient entrepris la traversée entre Los Patos et La Sirena. L’un d’eux marchait avec
quelques minutes d’avance. Lorsque ses deux amis l’ont rattrapé, ils l’ont découvert gisant au sol, incapable d’articuler un mot et saignant abondamment par le nez. Ils sont alors partis
en courant au poste de La Sirena pour prévenir les Rangers. Lorsqu’ils sont revenus à son niveau, le malheureux rendait l’âme 5 min plus tard. L’autopsie du corps n’était pas encore
connue, mais d’après le guide, il y avait de grande chance que cela soit une morsure de vipère…Autre anecdote : 1 mois plus tôt aux sanitaires de la station de la Sirena, une personne a
fait la désagréable rencontre avec une vipère « Fer de Lance », considérée comme la plus dangereuse du pays. La morsure de la « fer de Lance » ne laisse aucune chance ! Le malheureux
était en fait chanceux ! La « Fer de Lance » a planté ses deux crochets sur la lanière d’une de ses sandales…
Nous ne saurons jamais si ces anecdotes n’ont pas été inventées ou déformées uniquement dans le but d’effrayer deux touristes sans guide dans le parc! Toujours est il que le guide nous
semble sérieux, honnête et que visiblement, il connaît parfaitement la forêt et sa faune. Après nous avoir montré les cicatrices de sa propre morsure à l’age de 16 ans, il nous abandonne
pour rejoindre ses deux clients américains…
Plus prudent que jamais, nous prenons la direction du Rio Sirena. A marée haute, il est possible d’observer des crocodiles et des requins. De la berge, nous pouvons observer 4 ou 5 beaux
crocos ! Impressionnant ! Nous déclinons l’offre de trois Israéliens qui nous invitent à les voir de plus près grâce à une petite barque et des pagaies de fortune.
Nous rencontrons un scientifique Costa Ricain venu passer quelques semaines dans le parc pour diverses études. Cet après-midi, il étudie la salinité de l’eau du Rio Sirena, et ce soir il
étudiera les tapirs. A son tour il y va de sa petite anecdote : Un de ses collègues qui étudie les tapirs la nuit a déjà été attaqué par un pumas. Il a réussi à s’en sortir vivant grâce à
son coupe-coupe… Après nous avoir fait goûter des fruits sauvages ressemblant à des petites figues, il retourne à ses occupations. Nous prenons le chemin du retour. Outre les singes, nous
pouvons observer à quelques mètres de nous un Tapir de Baird. Après 30 secondes il prend peur et s’enfuie. Nous rentrons par la plage. Le tapir refait son apparition à deux reprises.
Soudain, une goutte, puis deux, puis le déluge… Nous gouttons pour la première fois à une pluie tropicale. Nous protégeons comme nous pouvons les appareils photos et documents sensibles
(passeports…) et accelerons le pas pour remonter toute la piste d’atterrissage. En quelques secondes nous sommes trempés jusqu’aux os. Une fois à l’abri, nous faisons l’état des lieux. Et
là : surprise ! On se rend compte que l’on a oublié le Lonely Planet et la carte du parc à l’endroit où nous avons observé le Tapir. Va t’on le retrouver demain matin et dans quel état ?
La nuit tombe. Après 3 ou 4 heures, le déluge cesse et nous allons nous coucher.